Thé noir Pu er 1998 B
Insatisfait de cette lacune, je décide d'aller à sa rencontre dans une boutique familière. Je découvre alors des pots en terre cuite contenant du thé Pu er en vrac à côté de ses congénères en galettes et à l'abri dans des feuilles couleur de laurier. Le vendeur ouvre le couvercle et quelle surprise fût la mienne lorsque j'ai perçu cette odeur froide et presque inerte de terre humide ! Le premier contact fut trop étonnant pour je laisse ce thé vieillir un peu plus dans son pot; je décide d'en prendre. Le vendeur, en connaisseur qu'il est, m'informe sur la dose, de la possibilité de réutiliser jusqu'à quatre fois la même dose de thé avec une minute d'infusion en plus à chaque fois, et du goût que je m'apprête à découvrir. Je m'emballe déjà en imaginant la liqueur sur mes papilles.
Jour de pluie oblige, je m'installe sur ma table devant la porte fenêtre pour voir les trombes d'eau se déverser dans la rue. J'infuse le thé en me concentrant sur les odeurs, la chaleur de ma tasse, le grain de la terre cuite qui la compose, la fumée du thé qui s'échappe du récipient emportant avec elle des odeurs de terre humide fraîchement retournée, mais pas seulement. Tout un réseau de correspondances se tisse dans mon esprit sans que je puisse l'enrayer. L'odeur me rappelle le sol d'une cave, je me revois alors enfant, déambulant dans l'antique marché souterrain de Arles, mélange de catacombe glaciale et de finesse toute romaine qui allie avec brio la pierre froide et poussiéreuse à la terre noire et grasse, le tout dans un silence sépulcral. Je retrouve également l'odeur âcre que dégage le paysan qui revient de son champ détrempé par la pluie, il a de la boue jusqu'au genou et la terre humide a laissé sur lui son odeur comme le parfum d'une mère sur son enfant.
"Kaieros"


1 commentaire:
Belle description d'un thé qui m'a l'air résolument terrestre et chargé d'émotions et de saveurs. A essayer au plus vite!
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